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Château Latour : portrait d'un domaine

Château Latour occupe l'extrémité sud de la commune de Pauillac, entre Pichon-Lalande et Léoville-Las Cases, en Saint-Julien. La propriété figure parmi les cinq premiers crus du classement de 1855 et passe, par consensus, pour la plus régulière d'entre eux dans les millésimes difficiles. Le trait définitoire de Latour est l'Enclos : un vignoble clos de murs de 47 hectares autour de la fameuse tour, planté de cabernet sauvignon, merlot, cabernet franc et petit verdot, qui fournit la matière du Grand Vin.

L'Enclos et le Grand Vin

L'Enclos est le cœur du domaine. Les sols — graves sur argile et calcaire — offrent un drainage exceptionnel et, surtout, un sous-sol d'argile profonde qui réalimente la vigne en eau dans les millésimes secs. La combinaison explique la régularité du domaine : Latour souffre moins que ses pairs dans les années difficiles et signe souvent le médoc le plus sérieux des millésimes où d'autres s'égarent (1961, 1975, 1990 et 2003 en sont des exemples d'école).

Les vins : trois niveaux

Latour produit trois vins. Le Grand Vin (Château Latour) est l'amiral, issu exclusivement de l'Enclos et seulement des meilleures parcelles du millésime. Les Forts de Latour, second vin introduit commercialement en 1966, provient de jeunes vignes de l'Enclos et de parcelles immédiatement contiguës. Le Pauillac de Latour (troisième vin) accueille les jeunes vignes et les parcelles moins favorables. Les trois vins sont tenus à un niveau sérieux.

L'ère François Pinault

La Pearson Group a vendu le domaine en 1993 au holding Artémis de François Pinault. Sous Pinault, le cuvier a été reconstruit et l'Enclos est passé pour l'essentiel en culture biologique et biodynamique. Les volumes sont restés disciplinés ; la part du Grand Vin dans la production totale a, si quelque chose, plutôt diminué pour préserver la qualité.

Le retrait de la vente en primeur

En 2012, Latour a annoncé qu'il ne vendrait plus ses vins en primeur — ce système bordelais séculaire de vente du vin jeune au printemps suivant la récolte, deux ans avant la mise en bouteille. Le domaine conserve désormais chaque millésime dans ses propres caves et le libère, mis en bouteille, lorsqu'il considère qu'il est prêt à boire — généralement huit à quinze ans après la récolte.

Les conséquences d'une sortie tardive

La décision est unique parmi les grandes propriétés bordelaises. En retenant ses stocks, Latour neutralise le marché spéculatif de l'en primeur qui a historiquement déformé la trajectoire de prix des bordeaux, au prix du portage de plusieurs millésimes en maturation. Surtout, la politique livre au consommateur un vin réellement plus proche de sa fenêtre de dégustation — le Latour 2010 est sorti en 2024, en pleine fenêtre.

La longévité

Un Latour de premier niveau, dans un grand millésime, traverse sans peine cinq décennies. Le 1961 reste l'un des grands vins de l'après-guerre. Le 1982 est à pleine maturité aujourd'hui. Le 1990 approche de sa fenêtre. Les 2009 et 2010 — tous deux notés hauts dans les années 90 — sont projetés pour quarante ans et plus.

Comparaison avec les autres premiers crus

Parmi les premiers crus, Latour passe pour le plus musclé et le plus régulier. Lafite est plus aromatique, plus raffiné ; Margaux plus parfumé et gracieux ; Mouton plus flamboyant ; Haut-Brion plus cérébral. La réputation de Latour repose sur ce qu'il sait faire dans les millésimes difficiles — et sur l'autorité sans rivale des grands millésimes.

Visiter Latour

Latour n'offre pas de visites publiques régulières ; l'accès se fait sur rendez-vous, le plus souvent par le négoce. Le domaine se trouve au bout d'une route, hors du bourg de Pauillac, la tour visible depuis l'estuaire. Les propriétés voisines — Pichon- Lalande, Pichon Comtesse et d'autres adresses pauillacaises et saint-juliennes — sont plus accessibles. Latour et son voisinage sur la carte interactive — filtre Pauillac.